BIENVENUE...

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# Posté le dimanche 30 novembre 2008 16:04

Texte de lecercledesamis6894...

Texte de lecercledesamis6894...
La rose est une fleur ,
qu'on offre selon ses coups de coeur,
de bonne heure,
ou tres tard ,
lors d'un soir

Rose du vent ,
messager du temps ,
ou d'un ouragan ,
apres la tempete ,
annoncant la fete

Rose du sable ,
beau message ,
en plein desert ,
ou au coeur de l'hiver ,
mais qui reconforte toujours,
à l'arrivee des nouveaux jours

Roses à epines ,
naissance de la nuit ,
une rose humeur chagrine ,
qui comme l'amour et l'amitie,
peut nous piquer

(6 MARS 2009)

Poèmes... par ici !
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# Posté le vendredi 06 mars 2009 16:34

SOMMAIRE...

SOMMAIRE...
* UN BERGER

* NOEL CHEZ LES TROLLS

* LA OU IL Y A L'AMOUR, IL Y A DIEU

* LA LEGENDE DE LA SAUGE

* BABOUCHKA

* LE PUITS DE L'ETOILE

* LA TRES VERIDIQUE LEGENDE DU SAPIN DE NOEL

* L'ENCENS ET LA MYRHE

* LE BOEUF ET L'ANE DE LA CRECHE

* LES PREMIERES ROSES DE NOEL

* ZAIE

* LA LEGENDE DU PETIT AGNEAU GRIS

* LA LEGENDE DE LA ROSE DE NOEL

* LA CRECHE DE TI-BOSSU

* LA LEGENDE DU ROSSIGNOL

# Posté le dimanche 30 novembre 2008 16:12

UN BERGER - Heywood BROUN

UN BERGER - Heywood BROUN
LA milice céleste et l'ange du Seigneur avaient rempli le ciel d'une immense clarté. Mais à présent cette splendeur avait disparu et les bergers et les moutons se tenaient immobiles sous la faible lumière des étoiles. Les hommes étaient saisis de crainte devant les prodiges auxquels ils avaient assisté et, comme les animaux, ils se serraient les uns contre les autres.
- Et maintenant, passons jusqu'à Bethléem, dit le plus âgé des bergers, et voyons de nos propres yeux cet évènement qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître.

La ville de David s'étendait au-delà d'une haute colline, assez éloignée, au sommet de laquelle resplendissait une étoile. Les bergers se hâtaient pour partir, mais, comme ils s'éloignaient, voici que l'un d'eux, nommé Amos, demeurait sur place. Il avait sa houlette plantée dans la terre du pré et s'y cramponnait.
- Allons, viens ! s'écria le plus âgé des bergers.
Mais Amos secoua la tête. Ils s'étonnèrent et l'un d'eux s'écria :
- C'était un signe, en vérité. L'ange nous est apparu. Tu as entendu la nouvelle. Il nous a annoncé qu'un Sauveur nous est né.
- J'ai entendu, dit Amos, mais moi je reste ici.
Le plus âgé des bergers revint en arrière jusqu'au petit tertre où se tenait Amos.
- Tu ne comprends donc pas ? dit le vieil homme. Nous avons reçu un signe de Dieu. L'Ange nous a enjoint d'aller adorer le Sauveur qui vient de naître à Bethléem. Dieu a manifesté sa volonté.
- Je ne le sens pas dans mon coeur, répliqua Amos.
Et maintenant voici que le plus âgé des bergers était envahi de colère :
- De tes propres yeux, s'écria-t-il, tu as vu la milice céleste sur ces sombres collines. Et tu as entendu - c'était semblable au tonnerre - le "Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux" résonner dans la nuit et venir jusqu'à nous.
Et de nouveau Amos dit :
- Je ne le sens pas dans mon coeur.
Alors un autre berger intervint :
- Ainsi, que les collines soient encore debout et que le ciel ne se soit pas effondré, cela ne suffit pas à Amos. Il lui faut quelque chose qui retentisse plus fortement encore que la voix de Dieu.
Amos s'agrippa plus fermement à sa houlette et répondit :
- Ce qu'il me faut, c'est un murmure.
Ils se mirent à rire, se moquant de lui, et dirent :
- Cette voix, que faudrait-il qu'elle te dise dans ton oreille ?
Il demeura silencieux.
Les bergers se pressaient autour de lui et criaient en se moquant de lui :
- Raconte, que dit le Dieu d'Amos, le petit berger aux cent moutons ?
Brusquement la douceur et l'humilité abandonnaient Amos. Il retira ses deux mains de sa houlette et, les élevant vers le ciel :
- Moi aussi, je suis un dieu, dit Amos d'une voix forte et étrange, et pour mes cent moutons, je suis un sauveur.
Et lorsque la colère des bergers se fut apaisée, Amos montrant ses cent moutons :
- Regardez mon troupeau, dit-il, voyez comme il est effrayé. La peur de l'Ange de lumière et des voix célestes est encore suspendue sur lui. Dieu a fort à faire à Bethléem. Il n'a pas de temps pour cent moutons. Je resterai ici.
Et cela, les bergers sentaient bien que c'était vrai, ils voyaient que les troupeaux étaient dans la terreur, car ils les connaissaient, eux aussi, les moutons.
Et avant de se mettre en marche pour Bethléem vers l'Etoile très brillante, chacun d'eux parla à Amos et lui dit ce qu'il fallait faire pour les différents troupeaux. Et pourtant certains se retournèrent vers Amos pour le tenter, avant d'atteindre le creux sur la route qui mène à la ville de David.
- Il était donc écrit que nous, nous verrions de nouvelles splendeurs au pied du trône de Dieu et que toi, Amos, tu verrais des moutons !
Mais Amos ne prêta pas attention à ce qu'ils disaient. Il pensait en lui-même : un berger de moins cela ne changera rien au trône de Dieu. Du reste il n'avait pas le temps d'être tourmenté par l'idée qu'il ne verrrait pas l'Enfant venu pour sauver le monde. Il y avait beaucoup à faire pour s'occuper des troupeaux et Amos marchait entre les moutons et faisait claquer sa langue, comme il avait l'habitude de faire, et pour ses cent moutons et pour les autres moutons c'était un son plus beau et plus amical que la voix de l'Ange de Lumière. Et voilà que les moutons cessèrent de trembler et se mirent à paître tandis que le soleil apparaissait au-dessus de la colline à l'endroit même ou avait brillé l'Etoile.
- Pour des moutons, se disait Amos en lui-même, les anges sont bien trop brillants. Mieux vaut pour eux un berger.
Avec le matin, les autres bergers revinrent de Bethléem. Ils parlèrent à Amos du nouveau-né couché dans la crèche et lui contèrent comment les Mages s'étaient mêlés aux bergers. Ils lui décrivirent les présents : l'or, l'encens et la myrrhe. Et quand ils eurent fini ils dirent :
- Et toi, as-tu vu des prodiges, ici, dans les champs avec les moutons ?
Amos leur dit :
- Maintenant mes cent moutons sont cent et un moutons et il leur montra un agneau qui était né juste avant l'aube.
- As-tu entendu à ce moment-là une voix forte dans le ciel ? demanda le plus âgé des bergers.
Amos secoua la tête et sourit. Et ce que les bergers virent passer sur son visage leur parut un prodige même dans cette nuit de prodiges.
- Dans mon coeur, dit-il, j'ai entendu un murmure.

# Posté le dimanche 30 novembre 2008 17:38

NOEL CHEZ LES TROLLS - Zachris TOPELIUS

NOEL CHEZ LES TROLLS - Zachris TOPELIUS
LE soir du 24 décembre, la petite maison était toute resplendissante de lumière. Sur la table se dressait déjà un grand arbre de Noël, dont les branches ployaient sous les guirlandes, les étoiles, les bonbons et les pommes rouges. Surexcités, les enfants sursautaient et trépignaient au moindre bruit, quand, enfin, on frappa à la porte, et la Chèvre de Noël entra.
"Bonjour, mes enfants, dit-elle. Est-ce que tout le monde a été sage ?
- Oui ! hurlèrent les enfants.
- Bon. Mais j'ai quelque chose à vous dire. Cette année, j'apporte seulement la moitié des cadeaux de Noël habituels. Enfin, si vous avez été sages, vous aurez tous quelque chose.
- Pourquoi vous n'apportez que la moitié des cadeaux ?
- Eh bien ! voilà. Je viens du grand Nord, et là-haut, j'ai vu tant de pauvres maisons où les petits enfants n'ont pas même un bout de pain pour Noël, que je leur ai laissé la moitié de mes paquets. Est-ce que j'ai bien fait ?
- Oui, oui, c'est très bien comme cela, vous avez eu raison !"

Mais Frederick et Lotta ne disaient rien, car Frederick recevait toujours une vingtaine de cadeaux de Noël et Lotta peut-être trente, et ils trouvaient profondément injuste d'en avoir moitié moins cette année-là.
"Eh bien ! est-ce que j'ai eu raison ?" demanda la Chèvre, pour la seconde fois.
Frederick tourna sur ses talons et répondit d'un air grognon : "En voilà un Noël minable ! Je parie que même chez les Trolls, la fête est moins ratée que la nôtre !"
A son tour, Lotta se mit à bouder. "Alors je n'aurai que quinze cadeaux ? dit-elle d'un ton plaignard. Je parie que même les Trolls ont un Noël moins raté que le nôtre.
- Ah ! vous croyez ça, dit la Chèvre de Noël. Eh bien ! qu'à cela ne tienne. Nous allons nous en assurer tout de suite."

Et elle attrapa Frederick et Lotta chacun par un poignet. Ils eurent beau se débattre, elle les tenait avec des doigts de fer et les entraînait à travers la nuit, aussi vite que le vent. Quand les enfants étourdis parvinrent à retrouver leur souffle, ils étaient dans une grande forêt glacée, et les flocons de neige tourbillonaient si épais et si serrés qu'on ne distinguait même pas les grands sapins tout blancs qui les entouraient. On n'entendait absolument rien, que des hurlements de loups, pas si loin que cela. La Chèvre avait disparu ; sans doute avait-elle encore à visiter beaucoup d'autres petits enfants, infiniment moins égoïstes que Frederick et Lotta.
Les deux enfants se mirent à pleurer et à crier, mais plus ils faisaient de bruit, plus le hurlement des loups semblait se rapprocher.
"Viens, Lotta, dit enfin Frederick. Il faut essayer de trouver une maison où on nous recueille.
- Je crois que je vois une petite lumière, là-bas, entre les arbres.
- Non, non, ce n'est pas une lumière, ce n'est qu'un galçon qui miroite dans l'obscurité.
- Je crois que je vois une grande montagne, là, devant nous. Frederick ! Si c'était la Montagne des Trolls ?
- Tu dis des bêtises. La Montagne des Trolls est au moins à cinq cents kilomètres de chez nous. Mais viens, nous allons essayer de grimper, pour avoir un peu plus de vue si possible."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Malgré les amas de neige molle, les arbres tombés et les buissons piquants, les enfants parvinrent au pied de la montagne, et là, ils aperçurent un rais de lumière qui passait sous une petite porte. Il était temps. Les loups étaient si près maintenant que les enfants ne firent ni une ni deux et se dépêchèrent d'entrer.
Et alors ils se rendirent compte qu'ils se trouvaient bel et bien dans la Montagne des Trolls.
Stupéfaits, épouvantés, Frederick et Lotta n'osaient faire un mouvement et restaient tout près de la porte.

Devant eux, s'étendait une grande salle, peuplée de centaines de Trolls et de lutins qui fêtaient Noël à leur manière. Ils étaient tout petits, cinquante centimètres de haut peut-être, avec des visages ridés et grimaçants, et des manières incroyables de sauter et de se démener. Certes, ils n'avaient pas peur du noir, car pour toute illumination, ils s'éclairaient avec des vers luisants gelés et des bouts de bois pourris, vaguement phosphorescents. Quand l'un d'eux voulait faire un vrai feu d'artifice, il caressait un gros chat noir qui se trouvait là, jusqu'à ce que sa fourrure lançât des étincelles, et aussitôt d'autres Trolls protestaient et s'écriaient :
"Arrête, arrête, c'est éblouissant, ça fait mal aux yeux."

Les Trolls, en effet, haïssent la lumière, autant qu'ils haïssent d'être vus par les hommes. Et c'est pourquoi chaque année, à Noël, ils célèbrent une grande fête, parce qu'ils ont remarqué que les jours sont de plus en plus courts et les nuits de plus en plus longues, et chaque année, ils espèrent que la lumière va disparaître pour de bon et la nuit régner à tout jamais sur la terre. Chaque année, ils y croient dur comme fer, ils sont déj) ravis et se mettent à danser dans leur montagne, car ce sont des païens et c'est tout ce qu'ils savent faire pour fêter Noël.
De toute évidence, les Trolls ne souffraient pas du froid. Par cette nuit d'hiver, ils suçaient des glaçons en guise de sucreries, et même prenaient bien garde de souffler dessus avant de les goûter, de peur qu'ils ne soient trop chauds et ne leur brûlent les lèvres. Ils se passaient aussi des assiettes de gâteaux, mais leurs gâteaux, c'étaient des bouts de fougères et des pattes d'araignées.
Près de l'arbre de Noël, fait de cristaux de glace, siégeait Mundus, le roi des Trolls, le roi de la nuit et du péché. A côté de lui était le trône de Caro, la reine des Trolls, et tous deux avaient de longues barbes blanches.
Le roi des Trolls se leva et fit un discours solennel à l'assemblée de ses sujets ; il leur annonça que bientôt, il n'y aurait plus de lumière, que l'ombre et l'obscurité gagneraient toute la terre qui désormais serait gouvernée par les Trolls. Le discours eut beaucoup de succès et tous les Trolls se mirent à acclamer le roi.
"Bravo ! Vive le roi Mundus ! Vivie la reine Caro ! Bravo ! Le péché et la nuit pour toujours ! Hip, hip, hourra !"
Le roi prit la parole et dit :
"Que l'on fasse venir le chef de mes veilleurs, que j'ai envoyé au sommet de la montagne, pour voir s'il reste de la lumière dans le monde."
Le veilleur arriva et dit :
"Sire le roi, grande est votre puissance. La nuit règne partout. Tout est noir !
- Bien, dit le roi. Retourne en haut de la montagne."
Au bout de quelque temps, le roi dit encore :
"Que l'on fasse venir mon veilleur.
- Sire le roi, dit le veilleur, à l'horizon, très loin, j'ai vu une petite lueur, comme une toute petite étoile sortant d'un nuage noir.
- Retourne en haut de la montagne", dit le roi.
Au bout de quelque temps encore, le roi fit revenir le veilleur.
"Sire le roi, dit le veilleur, tout est noir ; le ciel se couvre de nuages gros de neige, et je ne vois plus la petite étoile.
- Bien, dit le roi. Retourne à ton poste, au haut de la montagne."
Pour la quatrième fois, le roi fit revenir le veilleur. Mais voici que le veilleur était tout tremblant et ouvrait des yeux qui n'y croyaient pas.
"Fidèle veilleur, s'écria le roi, pourquoi trembles-tu si fort, et pourquoi tes yeux sont-ils comme aveugles ?
- Sire le roi, dit le veilleur, les nuages se sont dissipés, et une étoile s'est levée, elle monte au firmament, plus grande et plus claire que toutes les autres étoiles. C'est à cause de cette étoile que je tremble et que je n'y vois plus.
- Qu'est-ce que cela veut dire ? cria le roi. La lumière n'est donc pas morte ? La nuit ne règne-t-elle pas pour l'éternité ?"
Silencieux et consternés, les Trolls se regardaient sans mot dire, jusqu'à ce que l'un d'eux intervint tout à coup :
"Sire le roi, là-bas, devant la porte, il y a deux enfants des hommes. Interrogeons-les : peut-être en savent-ils plus long que nous.
- Faites venir ces enfants, " dit le roi.
L'instant d'après Frederick et Lotta étaient traînés devant le trône, plus morts que vifs. La reine vit leur frayeur et dit à l'une de ses Trolls-suivantes :
"Ces pauvres petits ne tiennent pas debout. Donnez-leur donc un peu de sang de libellule et quelques carapaces de cafards, qu'ils mangent, boivent et se restaurent.
- Mangez, buvez, " disaient les suivantes.
Mais, chose curieuse, les enfants n'avaient ni faim ni soif. A ce moment, le roi les regarda et dit :
"Vous êtes en mon pouvoir, et je peux vous changer en corbeaux ou en araignées si tel est mon bon plaisir. Je vous conseille donc de répondre à la question que je vais vous poser. Ecoutez bien. Pourquoi, par la nuit la plus noire de l'année, quand l'obscurité chère aux Trolls s'étend sur le monde et que toute lumière semble s'être éteinte à jamais, pourquoi, tout à coup, voit-on apparaître une étoile, plus belle et plus claire que toutes les autres, et qui menace ma puissance ? Allons, enfants, répondez : que signifie cette étoile ? "
Lotta prit la parole et dit :
"C'est l'étoile de Noël, l'étoile de Bethléem en Judée, qui illumine la terre entière.
- Et pourquoi brille-t-elle si fort ? demanda le roi.
- Parce que cette nuit-là, répondit Frederick, le Sauveur est né, le Sauveur qui est la lumière au milieu des ténèbres. A partir de cette nuit, la lumière grandit et les jours deviennent plus longs."
Le roi se mit à trembler, très fort, sur son trône.
"Et quel est, dit-il, ce maître de la lumière, qui est né aujourd'hui et qui vient pour sauver le monde du péché et de la nuit ? "
Les deux enfants répondirent d'une voix :
"C'est Jésus, le fils de Dieu."
A peine avaient-ils prononcé ces mots qu'ils sentirent la montagne remuer et s'ébranler. Un tourbillon de vent emporta le trône du roi, les Trolls se dissipèrent comme autant de fumées et, sous la clarté de l'étoile, l'arbre de glace se mit à fondre tandis que, très haut, la voix des anges résonnait comme des harpes, chantant la gloire de Dieu et sa miséricorde. N'osant pas lever la tête, les deux enfants se couvrirent le visage de leurs mains...

Quand ils relevèrent les paupières, ils se trouvaient au fond de leur lit. Dans la cheminée, le feu pétillait joyeusement, et la vieille bonne Kajea était là comme tous les matins.
"Allons, debout ! disait-elle. Dépêchez-vous. On va partir pour l'église."
Stupéfaits, Frederick et Lotta se mirent sur leur séant et ouvrirent de grands yeux. Non, la bonne Kajea n'était pas un Troll, elle n'avait pas cinquante centimètres de haut, ne portait pas de longue barbe blanche et ne leur offrait ni sang de libellule, ni carapace de cafard. La table était déjà prête pour le déjeuner, couverte de gâteaux de Noël, et il y avait même du café pour les enfants, chose qui ne leur était permise en aucun autre jour de l'année. Dans la rue, on entendait tinter les grelots des traîneaux, et il y avait de la clarté à toutes les fenêtres, mais les plus belles, c'étaient celles de l'église.
Frederick et Lotta se regardèrent. Ils n'osaient pas raconter à Kajea qu'ils avaient assisté au Noël des Trolls. Si Kajeau avait ri, si elle avait refusé de les croire, en affirmant qu'ils avaient dormi dans leur lit, tout le long de la nuit ? Mieux valait se taire. Ces choses-là sont mystérieuses, personne ne sait au juste à quoi s'en tenir, et dans ces cas-là, le silence est d'or.

De toute façon, il y a une chose que je sais, c'est que tôt ou tard, les méchants enfants finissent chez les Trolls. Là-bas, on leur donne des glaçons, du sang de libellule et des carapaces de cafards au lieu des cadeaux de Noël qu'ils ont méprisé chez eux, car sans même s'en rendre compte, ils sont devenus les sujets du roi du péché et de la nuit. Tant mieux pour eux, dans ce cas, tant mieux pour eux s'ils aperçoivent la clarté de l'étoile qui les sauve.
Frederick et Lotta ne sont pas près d'oublier le Noël des Trolls. Non seulement ils n'avaient pas eu le moindre cadeau de Noël, mais ils étaient tellement honteux, tellement confus, qu'à l'église, ils n'osaient même pas lever les yeux vers l'étoile de Bethléem qui apporte joie et lumière dans les yeux de tous les petits enfants sages. Frederick et Lotta comptenaient tout cela fort bien, mais tout de même ils n'osaient pas lever les yeux ; du moins se promirent-ils de devenir de gentils enfants sages, eux aussi. Ont-ils tenu leur promesse ? Je ne sais pas, mais je l'espère. Quand vous les verrez, vou n'aurez qu'à le leur demander.


Traduit de l'anglais par Mme Anne Marcel

# Posté le lundi 01 décembre 2008 09:05

Modifié le lundi 01 décembre 2008 17:57

Là où il y a l'amour, il y a Dieu - Léon Tolstoï

Là où il y a l'amour, il y a Dieu - Léon Tolstoï
IL y avait dans une ville un savetier appelé Martin Avdiéitch. Il occupait dans un sous-sol une pièce éclairée d'une fenêtre. La fenêtre donnait sur la rue ; on voyait passer le monde, et, bien qu'il n'aperçût que leurs pieds, Martin reconnaissait les gens à leurs bottes.
Il vivait là depuis longtemps, et connaissait beaucoup de monde. Il était rare qu'une paire de bottes ne lui passât pas une fois ou deux entre les mains. Il ressemelait les unes, rapiéçait les autres ; parfois il renouvelait les empeignes. Et souvent il voyait à travers la fenêtre l'oeuvre de ses doigts.
Avdiéitch avait beaucoup d'ouvrage, car il travaillait proprement, fournissait de bonne marchandise, ne surfaisait personne et livrait au jour dit. Et tous l'appréciaient et la besogne ne chômait jamais.
De tout temps, Avdiéitch s'était montré un brave garçon. Mais, en prenant de l'âge, il se mit à songer davantage à son âme et à se rapprocher de Dieu. Alors qu'il travaillait encore chez son patron, sa femme était morte, lui laissant un petit garçon de trois ans.
Ses enfants ne vivaient pas. Les aînés, il les avait tous perdus. Il voulut d'abord envoyer son fils à la campagne, chez sa soeur ; puis il eut pitié et pensa :
- Il lui serait trop dur, à mon Kapitochka, de vivre dans une famille étrangère. Je veux le garder avec moi.
Et Avdiéitch quitta son patron et s'établit à son compte avec son fils. Mais Dieu ne bénit pas Martin dans ses enfants. Comme il commençait à grandir et à aider son père, Kapitochka tomba malade : il dépérit pendant une semaine et mourut.
Avdiéitch ensevelit son enfant et désespéra de tout. Il était si désolé qu'il se prit à murmurer contre Dieu. Il se sentit si malheureux, Martin, qu'il demandait souvent la mort au Seigneur, lui reprochant de ne pas l'avoir pris, lui, un vieillard, à la place de son fils unique et adoré. Il cessa même de fréquenter l'église.

Voici qu'un jour, vers la Pentecôte, arriva chez Avdiéitch un de ses pays, un pèlerin toujours en marche depuis huit ans. Ils causèrent, et Martin se plaignit amèrement de ses malheurs.
- Je n'ai plus même envie de vivre, demande qu'à mourir. C'est tout ce que j'implore de Dieu. Je n'ai maintenant plus d'espérance.
Et le petit vieux lui répondit :
- Ce n'est pas bien de parler ainsi, Martin. Il ne nous appartient pas de juger ce que Dieu a fait, c'est au-dessus de notre intelligence. Dieu seul est juge de ce qu'il fait. Il a décidé que ton fils mourrait, et que toi tu vivrais : c'est que cela vaut mieux ainsi. Et ton désespoir vient de ce que tu veux vivre pour toi, pour ton propre bonheur.
- Et pourquoi vit-on ? demanda Avdiéitch.
Et le vieux dit :
- C'est pour Dieu qu'il faut vivre. C'est lui qui te donne la vie, c'est pour lui que tu dois vivre. Quand tu commenceras à vivre pour lui, tu n'auras plus de chagrin, et tu supporteras tout facilement.
Martin garda un moment le silence. Puis il reprit :
- Comment vivre pour Dieu ? C'est ce que le Christ a révélé. Sais-tu lire ? Achète l'Evangile et lis. Là tu apprendras comment il faut vivre pour Dieu. Là, tu trouveras réponse à tout ce que tu demandes.
Ces paroles allèrent au coeur d'Avdiéitch. Il s'en alla le jour même acheter un Nouveau Testament en gros caractères et se mit à lire.
Il voulait lire seulement pendant les fêtes ; mais, une fois qu'il eut commencé, il se sentit dans l'âme un tel apaisement qu'il prit l'habitude de parcourir tous les jours quelques pages. Parfois, il s'oubliait si bien dans sa lecture, que tout le pétrole de sa lampe était consumé, sans qu'il pût s'arracher au livre saint.
Il lisait ainsi chaque soir. Et plus il lisait, plus il comprenait clairement ce que Dieu lui voulait, et comment il faut vivre pour Dieu ; de plus en plus la joie pénétrait dans son coeur.
Naguère, avant de se coucher, il lui arrivant de soupirer, de gémir en évoquant le souvenir de Kapitochka. Maintenant, il se contentait de dire : - Gloire à Toi ! Gloire à Toi ! Seigneur. C'est Ta volonté.

# Posté le mardi 02 décembre 2008 04:05